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samedi 1 mars 2014

Mnémosyne, déesse de la mémoire...

J’attendais avec beaucoup de curiosité l’exposition de Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger au Palais de Tokyo. Je n’avais vu ni l’exposition de Madrid ni celle du Fresnoy. Mon désir était grand de changer de dimension et, après avoir lu une petite partie de son œuvre écrite, d’entrer dans une autre forme d’écriture, celle de l’exposition.

Là réside justement l’intérêt de ce projet Mnémosyne 42. La dimension fantomatique du travail d’Aby Warburg, telle que l’historien français l’a magnifiquement analysée dans les deux ouvrages qu’il lui a consacrés, ne peut cacher une autre dimension ou plus exactement un autre passage, dont Mnémosyne a représenté une étape pour Warburg. Mnémosyne marque le passage de l’œuvre à son image. En noir et blanc, cette dernière cherche à se réduire à l’objet de recherche de l’historien, qui la recadre et l’installe en lien avec d’autres. Il s’agit bien du passage d’un état à un autre, de celui d’œuvre défini en parti par son matériau à une trace, empreinte photographique, qui nie en partie ce qu’était l’original pour accentuer les éléments servant d’arguments au discours de l’historien.

Georges Didi-Huberman réactualise la planche 42 en puisant aux sources du plus puissant mode d’expression artistique du XXe siècle, le cinéma. Ici le recadrage est celui du temps, de l’extrait qui est coupé pour porter l’attention sur une séquence, ou même moins, un instant. Les films numérisés sont projetés en conservant leur aspect coloré ou noir et blanc d’origine. Il n’y a donc pas de changement matériel visible sauf qu’il s’agit bien d’une partie seulement de l’œuvre qui est ainsi sélectionnée et montrée au public, projetée au sol.

La taille de la projection, les distances entre les images, leur proximité immédiate ou non construisent un assemblage qui est proche des planches de Mnémosyne de Warburg. Mais une différence apparaît en regardant la mise en scène de la planche 42 projetée sur grand écran par un mouvement de caméra qui ne permet pas de la contempler dans son intégralité, mais glisse en surface, composant ainsi une série de séquences. Or ce mouvement est précisément celui que nous spectateurs, une fois le point de vue surplombant terminé, sommes amenés à faire en circulant entre les images.

Cet artifice ne me paraît pas anodin, comme je peux imaginer la précision du travail de l’historien français. Chacune des planches de Mnémosyne de Warburg est considérée comme une image composée de multiples images. Le fond noir est justement ce fond cosmique sur lequel flottent les images. En offrant cette lecture dynamique de l’œuvre de Warburg, en la prolongeant par sa propre interprétation à l’aide d’un type d’œuvres que l’historien allemand n’a pu connaître, c’est une autre dimension que Georges Didi-Huberman lui confère en retour, celle qu’avait su révéler un troisième historien, Philippe Alain Michaud, une dimension cinématographique.

Or c’est une dimension trop peu souvent prise en compte dans l’analyse même des expositions que cette circulation, qui, comme un plan séquence dont le spectateur serait la caméra, glisse tout au long d’un assemblage collage dont l’Atlas, suite de Arno Gisinger en montre le principe. Une mise en image qui justifie cette mise en exposition pour que nous puissions appréhender l’œuvre. Bref, une histoire de passage d’états.

Jean-Marc Avrilla
Février 2014

vendredi 12 juillet 2013

Poetics Project : Mike Kelley et Tony Oursler

L'exposition de Mike Kelley au Centre Pompidou est l'occasion de ressortir de la poussière un texte que j'ai écrit sur Poetics Project

En 1997, à l'occasion de la première rétrospective de Tony Oursler que je réalise au capcMusée de Bordeaux, je publie un texte dans le catalogue proposant une lecture de son œuvre où Poetics Project tient une place centrale. Je souligne en particulier une donnée qui est devenue essentielle pour nous mais qui était encore très balbutiante à l'époque, la notion de multimédia dont l'œuvre me semble être une proto-forme. Aujourd'hui, j'utiliserais plus volontiers la notion de crossing media pour ne pas la confondre avec un multimédia trop ancré dans le design software. Cependant l'idée reste la même : accéder à des sources différentes à partir d'une arborescence d'entrées. Et le chaos qui peut en résulter...

La "rétrospective" de Mike Kelley met à l'honneur cette installation. Je ne peux que regretter néanmoins la sélection trop restrictive des pièces présentées et une scénographie qui ne laisse pas aux œuvres leur respiration. En d'autres termes, l'accrochage est totalement gâché par la scénographie, et franchement le manque de place. Pour un artiste aussi majeur dont l'influence compte tant pour plusieurs générations d'artistes français depuis la fin des années 1980, je trouve dommage que l'équipe du Centre Pompidou n'ait pas voulu lui donné plus d'ampleur. Non seulement j'ai regretté l'absence de grandes pièces de la périodes des doudous et des couvertures au crochet (mes préférées), mais je trouve aussi dommageable celle des extraordinaires œuvres de Kandor, et d'autres encore. Bref, de telles choix, pusillanimes ou comptables, empêchent le public de s'accaparer réellement cette œuvre magistrale.Je reviendrai sur l'exposition elle-même.

Texte ©Jean-Marc Avrilla, Photos : ©Tony Oursler et capcMusée d'art contemporain

lundi 25 mars 2013

Crispin Gurholt - Paris : Live Photo #23 - 28 mars 2013


Chers Amis,

À l'occasion de l'installation de l'artiste Crispin Gurholt

Paris : Live Photo #23

J'ai le plaisir de vous inviter le 28 mars

pour une visite guidée
à 19h au Cap Horn Bar, 8 rue de Birague, 75004

suivie d'une projection de ses vidéos et d'un verre
à 20h30 à l'Institut Suèdois, 11 rue Payenne, 75003.

Dear Friends,

At the occasion of the installation by the artist Crispin Gurholt

Paris : Live Photo #23

I'm pleased to invite you on March 28th

for a guided visit
at 7:00PM at Le Cap Horn Bar, 8 rue de Birague, 75004

and after for the artist's videos screening and a drink
at 8:30PM at the Swedish Institute, 11 rue Payenne, 75003

Plus d'informations sur l'installation et le travail de Crispin Gurholt / More information about the installation and work by Crispin Gurholt :
http://www.crispingurholtparis.blogspot.fr/

samedi 19 janvier 2013

À Madame Andrée Putman

Photo : ©Patricia Canino

























Madame,

C’était le dernier weekend de juin 1990. Ma mission était d’accompagner un groupe de moines tibétains venus bénir le nouveau capcMusée de Bordeaux. Vous veniez de signer pour la seconde fois l’aménagement intérieur du musée. Un matin de ce weekend de fêtes, Jean-Louis Froment découvrit un jeune chat gris, perdu sur les terrasses au milieu des deux Richard Long, l’un blanc, l’autre noir. Manifestement, ce chat (ré)incarnait l’esprit du lieu que vous aviez redessiné. Il vous l’offrit. À cette surprise, vous n’étiez que joie.

J’ai vécu dix ans dans vos espaces, au milieu de vos meubles – ceux réinterprétés de Robert Mallet Stevens comme ceux que vous aviez imaginés – bercé par cet éventail sans limite de gris. Ils étaient droits, orthogonaux, rigoureux, fonctionnels, et au milieu s’ouvrait une oasis de courbes, de bois et de sisal, de grillage à poules et de bâches plastiques blanches. La lumière y pénétrait de tous ses rayons et donnait à ces matériaux, nobles ou triviaux, la beauté d’un ailleurs tout autant que d’un mystère. C’est là que je venais rêver.

Andrée, je vous remercie pour tous ces voyages que vous nous avez offerts. Inutile de vous dire que nous sommes tous tristes de votre départ. Mais je vous souhaite bon chemin…

« Und ruh’ in einem stillen Gebiet »

Jean-Marc Avrilla

PS : cette photographie de l’atrium est le vis-à-vis du portrait de Harald Szeemann dans le livre capcMusée édité aux Éditions du Regard. Harald et vous étiez les deux âmes fondatrices des lieux.




















mardi 8 janvier 2013

Bonne année 2013

Je vous souhaite une très bonne année 2013! I wish you a very happy new year 2013! Ich wünsche Ihnen ein frohes neues Jahr 2013! Přeji vám hodně Šťastný Nový Rok 2013! Prajem vám veľa Šťastný Nový Rok 2013! 私は非常に幸せな新年2013年を望む!























Tomáš Vaněk, Particip n° 158, 2012, detail.
Galerie Die Aktualität des Schönen... Liberec, CZ.
Curator : Jan Stolín. ©Jean-Marc Avrilla

jeudi 8 novembre 2012

Résidence Praha-Paris / C'est un début !


C’est un début !

Exposition autour de la résidence de commissariat de Jean-Marc Avrilla

Nous pensons savoir ce qu’est une exposition : un ensemble d’objets dans un espace dont l’articulation produit une pensée. Une exposition est une forme de texte dont les objets sont des propositions qui par eux-mêmes ont un sens et qui, par leurs relations, développent un sens complémentaire ou en offrent un sens tout différent.

Mais comment – et non pas pourquoi – des objets peuvent s’articuler entre eux ? Là se situe le travail du commissaire. Le pourquoi est la question préalable qui définit le contexte. Le comment est le sens même de l’activité curatoriale qui implique des choix quant au mode d’échange à définir avec l’artiste, quant à la sélection des œuvres ou de l’approche du travail, quant à la mise en espace de ces choix afin de les rendre lisibles aux visiteurs/spectateurs.

Cette exposition tente de rendre compte de la résidence de commissariat de Jean-Marc Avrilla à Meetfactory, d’une durée de deux mois. Cette résidence a été pensée comme un travail exploratoire qui précède tout choix dans la définition d’un ou plusieurs projets d’exposition. Cette exposition tente de faire apparaître comment il a organisé cette recherche sur la scène artistique tchèque afin de pouvoir définir des projets et engager des choix. L’exposition par elle-même est paradoxale car au lieu de parler de ce qu’elle montre, elle tend à souligner les raisons qui amènent les objets, livres, photographies, etc. à se retrouver réunis dans leur différence et leur hétérogénéité.

C’est un début ! présente donc un travail de terrain et les « méthodes » utilisées pour faire émerger des idées et des projets d’exposition. Par un aspect, ce travail relève d’une méthodologie ethnographique : écoute, recueil de témoignages, partage de moments singuliers (rituels de vernissage, visite d’ateliers…), observation des œuvres et de leur contexte. Par un autre aspect, il apparaît comme une non-méthodologie basée sur l’échange avec l’artiste, laquelle est indispensable pour entrer dans son travail et comprendre sa pratique. De cette immersion plus ou moins profonde dépendra la forme générale de l’exposition : solo, thématique, de groupe, terminologie très vague qui masque en réalité une multitude de possibilités pour chaque cas ainsi que de nombreuses combinaisons.

Le commissaire n’est pas un artiste mais le passeur qui permet aux artistes de montrer leur travail au public dans un cadre qui lui conserve sa complexité initiale. Il agit sur un territoire qui ne se réduit pas à l’objet. Il doit rendre compte des processus mis en œuvre par les artistes, de leurs relations particulières aux contextes où naît et se déploie leur travail, décider de prendre en compte ou non l’Histoire, s’engager dans des formes narratives ou, à l’opposé, laisser l’œuvre dans toute sa nudité matérielle… Penser la manière de montrer un travail est pleinement une activité critique plongée dans la réalité des œuvres.

Pour répondre à l’invitation de l’Institut Français, Jean-Marc Avrilla n’a pas souhaité procéder à une sélection d’œuvres d’artistes qu’il a rencontrés, considérant qu’un tel projet était prématuré. Il a opté pour un projet qui témoigne du caractère singulier de son travail et de ses rencontres, en définissant un protocole très simple permettant à chaque artiste, curator ou critique de lui répondre. Chacun d’entre eux a été invité à lui adresser un objet, une photographie, un dessin, une phrase ou un court texte, comme résultant de leur entretien et comme point de départ pour un éventuel projet.

À cet ensemble de documents ou œuvres dont le commissaire ne maîtrise volontairement pas la sélection, s’ajoutent des titres d’ouvrages littéraires, artistiques ou sur tout autre sujet, demandés aux mêmes personnes comme conseil de lecture. Une telle requête apparaît souvent lors du travail entre le commissaire et les artistes, dans l’objectif de mieux cerner l’œuvre elle-même ou une question essentielle pour l’artiste. Mais elle permet aussi d’approcher avec plus de finesse la pensée des curators et des critiques.

Enfin, un ensemble de documents, catalogues d’exposition et imprimés de toute sorte recueillis par le commissaire pendant ces deux mois, est aussi présenté. De tels documents sont importants pour conserver la mémoire d’événements dont certains ne bénéficient pas de publication, et constituent la base même de la recherche curatoriale en devenant son archive.

Documents de travail rassemblés par le commissaire, documents et œuvres envoyés par les artistes, les curators et les critiques rencontrés, livres traitant de questions spécifiques, de littérature ou d’art, forment ainsi trois ensembles correspondant à trois approches développées parallèlement dans le cadre de cette exploration de la scène tchèque. C’est un début ! est ainsi le matériau brut de ce qui devrait arriver par la suite. Les expositions qui en sortiront ne seront réalisées qu’après une étape de filtrage, de décantation de toutes les informations emmagasinées lors de ce séjour pragois.

Ce que cette exposition tente finalement de montrer à travers cette mise à plat peu ordinaire de l’activité curatoriale, est la nécessité du temps : le temps qui permet au commissaire d’écouter les artistes, de converser avec eux, d’entrer dans leur travail, le temps qui permet d’explorer la scène dans son fonctionnement, dans sa structure, comme le temps qui doit permettre aux sujets d’émerger par la suite. La qualité du travail de commissariat doit répondre à la qualité du travail de l’artiste. Le travail de l’un et la recherche de l’autre apparaissent plus que jamais complémentaires.

Artistes et personnalités exposés : Matej Al-Ali, Bajota, Zbynek Baladran, Viktor Cech, Radovan Cerevka, Andras Csevalfay, Tomas Dzadon, Grzegorz Drozd, Jarmila Mitrikova & David Demjanovic, Vit Havranec, Radim Langer, Michal Moravcik, Tomas Moravec, Oldrich Morys, Jiri Skala, Jan Pfeiffer, Matej Smetana, Jiri Thyn, Tamas Szvet, Adam Vackar, Pavel Vancat, Tomas Vanek, Jaro Varga, Dusan Zahoransky.


vendredi 26 octobre 2012

C'est un début !


Avec/ with :
Matej Al-Ali, Bajota, Zbynek Baladran, Viktor Cech, Radovan Cerevka, Andras Csevalfay, Tomas Dzadon, Grzegorz Drozd, Jarmila Mitrikova & David Demjanovic, Vit Havranec, Radim Langer, Michal Moravcik, Tomas Moravec, Oldrich Morys, Jiri Skala, Jan Pfeiffer, Matej Smetana, Jiri Thyn, Tamas Szvet, Adam Vackar, Pavel Vancat, Tomas Vanek, Jaro Varga, Dusan Zahoransky…

samedi 13 octobre 2012

Julius Koller, Grzegorz Drozd, Tomas Vanek

Grzgorz Drozd, Marikaban, 2012.

(I'm sorry for English language people, but translation needs time. It's coming as soon as possible)

Pas de nouvelle depuis le 15 septembre et pourtant beaucoup d’événements. Les rencontres avec les artistes, les curators et les critiques se poursuivent à un rythme soutenu, me laissant peu de temps pour l’écriture, encore moins pour la traduction. D’autres posts me permettront de revenir sur certaines des personnalités rencontrées à Prague et à Bratislava.

Plusieurs expositions ont retenu mon attention. Tout d’abord la présentation d’une partie des archives de l’artiste slovaque Julius Koller (1939-2007) à Tranzit Prague, réalisée par l’historien de l’art et curator Tomas Pospiszyl. La moitié des archives de l’artiste est conservée à la Galerie Nationale de Brastislava, l’autre moitié par une association d’amis de l’artiste. Cette dernière est présentée à Prague selon un principe simple de boîtes conservant les ensembles que l’artiste avait constitués. Histoire de l’art, Archéologie, Histoire de la Science-Fiction, Illustration d’enfants, etc., posées sur des étagères entourant une table de consultation. Le commissaire de l’exposition ou son assistant manipule un ensemble très hétérogène de documents jaunis. L’intérêt est que ces documents conservent toute leur ambiguïté quant à leur statut de document de travail ou d’œuvre. Nul ne peut s’avancer sans trahir l’œuvre même de cet artiste, et on sent avec ces documents combien il a tenté de penser l’art au cœur de la vie et non dans un espace adjacent. Ce qui me paraît le plus remarquable, est précisément cette manière de se porter vers des sujets qui n’ont rien de politique, et que, par cette attitude, il redonnait force et puissance à ces sujets. Cela apparaît comme une forme de fausse naïveté qui ré-enchante le monde. Et quand on se souvient du contexte, on se rend compte de la force de subversion qu’il a fallu à cet homme pour surmonter le système politique en place qui régissait tout jusqu’à l’art. (http://cz.tranzit.org/en/exhibition/0/2012-09-11/jlius-koler-archive-study-room)

Une autre exposition, elle aussi modeste par son ampleur mais très percutante par sa mise en œuvre et son propos, est celle de Grzegorz Drozd à ETC Galerie, lieu à vocation non commerciale. Grzegorz Drozd revient de plusieurs mois aux Philippines et plus particulièrement du village de Marikaban. Loin de l’art occidental, il a cherché une nouvelle approche qui lui permette de continuer son travail critique de l’institution, au double sens de l’institution comme structure de présentation et comme système de production. Il revient avec un certain nombre d’objets produits en collaboration avec le shaman du village, et qui ont un pouvoir magique. Tout l’intérêt de cette « exposition » est de créer un véritable hiatus entre l’œuvre d’art fétiche telle qu’elle fonctionne dans notre société occidentale et l’objet au pouvoir magique (les Aswangs) tel qu’il est vécu dans cette tribu des Philippines. Un œuvre d’art peut-elle posséder ces deux caractères ? Doit-on réintroduire de la magie dans l’art pour se déposséder du fétichisme ? Au delà de ces questions que certains trouveront folkloriques, il s’agit bien d’interroger ce que nous produisons comme art et ce que nous souhaitons faire de cet art. Des questions qui me paraissent fondamentales : que voulons-nous faire ? (http://etcgalerie.cz/grzegorz-drozd-1409-7102012/637/)

Le troisième projet dont je souhaitais rendre compte est une intervention et une exposition de Tomas Vanek. L’une et l’autre n’ont pas de rapport si ce n’est l’artiste et la manière dont il se glisse dans la réalité d’espaces précis. L’intervention a lieu au rez-de-chaussée d’un immeuble couvert de graffiti. Son jumeau d’à côté a, lui, été nettoyé par les services de la ville. Une association a pris les choses en main, rénové le hall et l’a transformé en une galerie d’art dont l’objectif n’est pas seulement de montrer des œuvres mais œuvrer à la promotion des relations de bon voisinage. Loin d’être une utilisation purement sociale de l’art – mais doit-on s’excuser de considérer que l’art possède réellement une valeur sociale ? – l’intervention de Tomas Vanek a consisté à peindre l’extérieur du rez-de-chaussée à la bombe et au pochoir, répétant un motif de carrelage rectangulaire noir des plus basiques. Ainsi les graffiti ne disparaissent pas totalement mais sont atténués par leurs propres armes et par un geste pictural des plus simples et des plus modernes. L’utilisation de la bombe comme du pochoir est un acte fondamental de la pratique de l’artiste, une manière pour lui de continuer la peinture en lui retirant tous les oripeaux des académismes successifs, pour aller à l’essentiel, couleur et espace. Car l’exposition présentée à Futura-Karlin Studios propose une série de cahiers de dessin  utilisés dans toutes les écoles, où Tomas Vanek à peint, selon le même principe, des motifs qui se déploient tout au long des pages. Flèches, motif de planches, punaises, illusion de classeur… toujours un motif unique qui déroule sa forme et surtout le détournement de son utilisation tout au long de l’espace même du cahier. Présentés dans un espace consacré au seul dessin (son nom est Karton) créé par des étudiants de l’Académie des Beaux-Arts où T. Vanek est professeur, ces cahiers sont comme des exercices mais avec un impact visuel aussi fort que ses « Particips », installations qui jouent sur le contexte même de l’exposition en considérant l’art à partir des petites choses de la vie.(http://www.particip.tv/)


samedi 15 septembre 2012

Dusan Zahoransky et Jan Pfeiffer

Dusan Zahoransky






Dusan Zahoransky
Les vernissages de rentrée ont commencé la semaine dernière à Prague et continuent encore cette semaine. Ils ont été marqués jeudi 6 septembre par l’ouverture de l’exposition Startpoint Prize réunissant de jeunes diplômés européens. Je reviendrai plus tard sur cette exposition. 

Je voudrais m’arrêter tout d’abord sur le travail de Dusan Zahoransky, artiste et curator : il présente à l’Institut Slovaque de Prague une série de pièces sur le rapport du langage à l’objet, lesquelles jouent de la typographie, de leur combinaison formelle plus ou moins lisible comme de leur matérialité (métal ou bois).

L’exposition intitulée Circle, rend hommage au Cercle Linguistique de Prague, groupe de critiques littéraires et de linguistes actif entre 1928 et 1939 dont l’influence fut considérable en particulier en développant une analyse structuraliste. L’un de ses plus éminents membres ne fut autre que Roman Jakobson dont on connaît l’influence qu’il eût sur la pensée de Claude Lévi-Strauss.

L’exposition rend compte de ce lien par une approche non verbale du langage, qui met en évidence tout l’aspect anthropologique qui accompagne l’activité du langage. C’est sans doute la raison de la participation dans l’exposition de cinq jeunes artistes et graphistes qui sont engagés dans une recherche plastique autour du langage : chacun d’eux présente un ouvrage, d’un faux essai scientifique qui souligne le caractère poétique du langage mathématique (Jan Jachim), à une forme de docu-fiction (Ales Cermak), d’un journal de manipulation poétique des amants de l’artiste (Michaela Daskova) à l’analyse des formes diverses de l’image contemporaine dont nous sommes tous acteurs et observateurs (Magda Stanova), jusqu’aux expérimentations typographiques et graphiques low cost détournant les outils informatiques (Jan Broz).


Jan Pfeiffer
L’exposition est organisée dans une minuscule galerie – Galerie Jeleni – constituée de deux petites pièces donnant sur une arrière-cour herbeuse. Deux pièces sont montrées. La première est une vidéo dans laquelle un homme marche le long d’un trottoir bordé d’arbres taillés en cube. L’homme avance sans s’arrêter alors même que les hauteurs de tailles ne sont pas les mêmes et que sa tête traversent la végétation en un bruissement caractéristique. Rien n’arrête la marche de l’homme. En arrière, sur le mur, un dessin au trait hermétique d’arches successives qui plongent dans ce qui représente un sol, se transformant en racines d’arbre ou en flamme selon l’humeur ; au premier plan un escalier en paliers souligne la signification symbolique de l’installation sur le mouvement de la vie. Par chance, ce qui aurait pu être pompeux ou didactique, ce trouve emporté par un jeu d’esprit, un trait d’humour, qui est cet homme dont la tête s’enfonce à intervalle régulier dans le couvert des arbres.

À côté une autre installation composée d’une pierre en papier mâché prise dans un mur immaculé, illustré sur toute sa surface de monuments antiques du Moyen-Orient. Derrière ce mur une vidéo montrant un homme dans une cavité aux contours réguliers, faisant de grand signes de ses bras. C’est une chorégraphie de Rudolf Steiner que l’artiste a rendu plus raide et sec comme un code. Réalisée comme la précédente vidéo lors d’une résidence à Ramallah, cette vidéo traite aussi avec un certain trait d’esprit le rapport au passé et le rapport au corps. La chorégraphie perd de son sens pour ne devenir qu’une forme de code morse, comme les ruines ne sont plus que des souvenirs fanés. Mais tout cela est fait avec une certaine légèreté qui donne aux deux installations une grande puissance au delà de leurs qualités plastiques. 

(english version is coming)

jeudi 6 septembre 2012

Závíslí Pozorovatelé / Dependent Observers

Karlin Studio

Video still Jan Pfeiffer (Prevision III)



Futura est une association dont l’objectif est de promouvoir l’art contemporain en République Tchèque. Elle dispose de plusieurs lieux d’expositions ainsi que d’un nombre important d’ateliers d’artiste. Hier s’ouvrait une exposition à Karlin Studio, l’un des quatre espaces dont elle dispose ( http://www.futuraproject.cz/en/ ). Deux jeunes curatrices, Zuzana Stefkova et Klara Zaludova, présentaient une exposition de groupe autour de la relation entre l’observateur et l’objet observé. Des six artistes réunis, je retiens principalement le travail vidéo de Jan Pfeiffer, « Prevision I-III » (2009) : une série de 3 vidéos très différentes les unes des autres mais dont le point commun est la prévision d’un devenir. Dans la première, la caméra glisse et s’arrête sur les détails de l’image, objets (plantes, voiture …) ou personnes, alors qu’une voix d’expert les décrit et établit une estimation de leur futur ; la seconde est une magnifique confrontation entre l’artiste préparant dans son studio praguois une visite calculée au pas près de Singapour et la visite réelle, superposant projection et réalité ; la dernière est la prévision immédiate que donne l’artiste dans son environnement urbain, de l’arrivée d’une jeune femme au coin d’un immeuble à la réaction d’un pigeon. La froideur que l’on peut ressentir au départ face à ces observations et à ces prévisions se transforme assez vite en un jeu plein l’humour né de cette confrontation à la réalité d’un devenir qui est autre que ce qui est annoncé.  Le site de l'artiste : http://janpfeiffer.info/

Futura is an association whose aim is to promote contemporary art in the Czech Republic. It has several exhibition places and a large number of artist’s studios. Yesterday opened an exhibition at Studio Karlin, one of the four places it have (http://www.futuraproject.cz/en/). Two young curators, Zuzana Stefkova and Klara Zaludova, curate a group show about the relationship between the observer and the observed objects. Among the six artists gathered, I remark mostly the video work by Jan Pfeiffer, "Prevision I-III" (2009): a series of 3 very different videos but have in common point the prediction of a future. In the first, the camera glides and stops on the details of the image objects (plants, car ...) or people, while an expert voice describes and provides an estimate of their future; the second one is a magnificent confrontation between the artist in his Praguestudio preparing a visit step by step of Singapore, and the real visit of the state city, superimposed projection and reality; the last one is the immediate prevision that gives the artist in his urban environment, the arrival of a young woman in the corner of a building or the reaction of a pigeon. Face the observations and previsions, the coldness we can feel turns in a game full of humor because of this confrontation with the reality of a becoming different from what is announced. The artist's website : http://janpfeiffer.info/

mardi 4 septembre 2012

Hungarian artists : Jozsef Tamas Balazs and Tamas Szvet

View to the Mozart Museum Park from the appartment.


Samedi était la journée relais entre les résidents. À peine arrivé, tous les résidents étaient donc invités à fêter le départ de deux artistes hongrois, Jozsef Tamas Balazs (http://www.bajota.com/) et Tamas Szvet (http://szvet.blogspot.cz/). Je regrette de ne pas avoir pu voir leur travail, d’autant que nos échanges ont été très riches sur la situation artistique en Hongrie. Nous avons parlé de la situation politique hongroise qui mériterait vraiment que nous nous inquiétions pour nos libertés. L’Europe est bien évidemment une réalité politique tangible pour ces artistes, même sans l’euro, mais une réalité qui s’avère parfois très flexible dans les faits… L'Europe de la Pensée est une réalité, bien plus que l'Europe financière.

Saturday was the relay day between residents. Upon our arrival, all residents were invited to celebrate the departure of two Hungarian artists, Jozsef Tamas Balazs (http://www.bajota.com/) and Tamas Szvet (http://szvet.blogspot.cz/). I regret to have not been able to see their work, as well as our discussions were very rich on the artistic situation in Hungary. We talked about the Hungarian political situation that needs we care really about our freedoms. Europe is obviously a tangible political reality for these artists, even without the euro, but a reality that is sometimes very flexible in practice ... Europe of the Thought is a realty, rather than financial Europe. 

lundi 3 septembre 2012

Résidence Praha-Paris



(english below)
Premiers jours à Prague depuis samedi 1er septembre. L'Institut Français et Meetfactory m'ont invité pour une résidence de commissariat du 1er septembre au 31 octobre. Sur ma table de travail, deux projets : finaliser l'exposition "Les Ruines Circulaires" pour la Klatovy Galerie à Klenova (République Tchèque), l'été 2013, et imaginer une exposition sur la scène tchèque contemporaine. Les conditions de travail sont idéales avec un studio /bureau de plus de 25m2 et un appartement que je partage avec l'artiste Marcel Mieth. La vue et le rythme des trains et des tramways sont idéales pour travailler.




First days in Prague from arriving Saturday 1st September. The French Institute and Meetfactory invited me for a curatorial residency from September 1rst to October 31rst. On my desk, two projects: finalizing the exhibition "The Circular Ruins" for the Klatovy Galerie, Klenova (Czech Republic), presenting on next summer 2013, and imagining an exhibition about the contemporary Czech art scene. Working conditions are ideal with studio / office over 25m2 and an apartment that I shared with the artist Marcel Mieth. The view and the pace of trains and trams are ideal for work.


jeudi 5 juillet 2012

PAN !

Exposition des diplômés 2012 de la Villa Arson


Commissariat : Jean-Marc Avrilla

Galerie de la Marine, 59 quai des États-Unis, Nice
et Villa Arson, 20 avenue Stephen Liégeard, Nice.


Aurélien Cornut-Gentille

Quentin Derouet (mur), Lorraine Châteaux (centre), Marielle Chabal (droite)
Quentin Derouet (mur gauche), Mathilde Fages (mur centre), Pierre Michelon (installation)
Lorraine Châteaux (centre), Pierre Michelon (installation), Rémi Voche (droite)
Elsa Lefebvre, Mathilde Fages, Alice Grapinet (de gauche à droite)

Elsa Lefebvre (gauche), Mathilde Fages (droite)

Chloé Mathiez (gauche), Elsa Lefebvre (droite)
Mo Yang (gauche), Yu-Chieh Chan (1er écran), Florimond Dupont (écran du fond),  Florimond Dupont et Damien Levy (enseigne)

Mo Yang

Damien Levy (détail)

Damien Levy (détail)

Morgane Roumegoux (installation 1er plan), Yu-Chieh Chan (écran), Diane Audema (ouverture à droite)
Diane Audema (détail)

Diane Blondeau

Diane Audema (détail)

Diane Audema (centre), Florimond Dupont (gauche, détail)

Florimond Dupont (détail)
Vincent Ceraudo (photos et mur du fond), Amandine Lourmière (1er plan)

Amandine Lourmière (gauche), Chloé Delarue (écran), Aurélien Cornut-Gentille (installation)

Zoewendkisgu Ilboudo

Diane Audema

Florimond Dupont

Diane Blondeau (installation sur le mur)

Florian Leduc (installation vidéo)

Pierre Michelon
Yu-Chieh Chan (vidéo)

Yu-Chieh Chan

Yu Chieh Chan

Mo Yang

Mo Yang

Rémi Voche

Damien Levy (1er plan), Mathilde Fages (arrière plan)

Florimond Dupont (gauche), Damien Levy (droite)

Quentin Derouet
À ces œuvres s'ajoute une programmation de films présentés en permanence Galerie de la Marine :

Black Bloc et Chaise de Yu-Chieh Chan
Indeernas Grota de Chloé Delarue
Sans titre de Florimond Dupont et Damien Levy
La Vague sous la direction de Florian Leduc
Henalu 1 et Eldjazair 2 de Pierre Michelon.