L'exposition de Mike Kelley au Centre Pompidou est l'occasion de ressortir de la poussière un texte que j'ai écrit sur Poetics Project.
En 1997, à l'occasion de la première rétrospective de Tony Oursler que je réalise au capcMusée de Bordeaux, je publie un texte dans le catalogue proposant une lecture de son œuvre où Poetics Project tient une place centrale. Je souligne en particulier une donnée qui est devenue essentielle pour nous mais qui était encore très balbutiante à l'époque, la notion de multimédia dont l'œuvre me semble être une proto-forme. Aujourd'hui, j'utiliserais plus volontiers la notion de crossing media pour ne pas la confondre avec un multimédia trop ancré dans le design software. Cependant l'idée reste la même : accéder à des sources différentes à partir d'une arborescence d'entrées. Et le chaos qui peut en résulter...
La "rétrospective" de Mike Kelley met à l'honneur cette installation. Je ne peux que regretter néanmoins la sélection trop restrictive des pièces présentées et une scénographie qui ne laisse pas aux œuvres leur respiration. En d'autres termes, l'accrochage est totalement gâché par la scénographie, et franchement le manque de place. Pour un artiste aussi majeur dont l'influence compte tant pour plusieurs générations d'artistes français depuis la fin des années 1980, je trouve dommage que l'équipe du Centre Pompidou n'ait pas voulu lui donné plus d'ampleur. Non seulement j'ai regretté l'absence de grandes pièces de la périodes des doudous et des couvertures au crochet (mes préférées), mais je trouve aussi dommageable celle des extraordinaires œuvres de Kandor, et d'autres encore. Bref, de telles choix, pusillanimes ou comptables, empêchent le public de s'accaparer réellement cette œuvre magistrale.Je reviendrai sur l'exposition elle-même.
Texte ©Jean-Marc Avrilla, Photos : ©Tony Oursler et capcMusée d'art contemporain
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vendredi 12 juillet 2013
samedi 19 janvier 2013
À Madame Andrée Putman
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| Photo : ©Patricia Canino |
Madame,
C’était le dernier weekend de juin 1990. Ma mission était d’accompagner
un groupe de moines tibétains venus bénir le nouveau capcMusée de Bordeaux. Vous
veniez de signer pour la seconde fois l’aménagement intérieur du musée. Un
matin de ce weekend de fêtes, Jean-Louis Froment découvrit un jeune chat gris, perdu
sur les terrasses au milieu des deux Richard Long, l’un blanc, l’autre noir. Manifestement, ce chat (ré)incarnait l’esprit du lieu que vous aviez redessiné. Il vous l’offrit. À
cette surprise, vous n’étiez que joie.
J’ai vécu dix ans dans vos espaces, au milieu de vos meubles
– ceux réinterprétés de Robert Mallet Stevens comme ceux que vous aviez imaginés
– bercé par cet éventail sans limite de gris. Ils étaient droits, orthogonaux,
rigoureux, fonctionnels, et au milieu s’ouvrait une oasis de courbes, de bois
et de sisal, de grillage à poules et de bâches plastiques blanches. La lumière
y pénétrait de tous ses rayons et donnait à ces matériaux, nobles ou triviaux, la
beauté d’un ailleurs tout autant que d’un mystère. C’est là que je venais rêver.
Andrée, je vous remercie pour tous ces voyages que vous nous
avez offerts. Inutile de vous dire que nous sommes tous tristes de votre départ. Mais
je vous souhaite bon chemin…
« Und ruh’ in einem stillen Gebiet »
Jean-Marc Avrilla
PS : cette photographie de l’atrium est le vis-à-vis du
portrait de Harald Szeemann dans le livre capcMusée
édité aux Éditions du Regard. Harald et vous étiez les deux âmes fondatrices
des lieux.
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