Entretien avec Anna Kubista de Radio Prague autour de ma résidence de commissariat à Meetfactory avec le soutien de l'Institut Français et de l'Institut Français de Prague.
http://www.radio.cz/fr/rubrique/culture/jean-marc-avrilla-il-y-a-une-vraie-circulation-des-artistes-au-sein-de-leurope-centrale
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mercredi 5 décembre 2012
jeudi 8 novembre 2012
Résidence Praha-Paris / C'est un début !
C’est un début !
Exposition autour de la résidence de commissariat de
Jean-Marc Avrilla
Nous pensons savoir ce qu’est une exposition : un ensemble
d’objets dans un espace dont l’articulation produit une pensée. Une exposition
est une forme de texte dont les objets sont des propositions qui par eux-mêmes
ont un sens et qui, par leurs relations, développent un sens complémentaire ou en
offrent un sens tout différent.
Mais comment – et non pas pourquoi – des objets peuvent
s’articuler entre eux ? Là se situe le travail du commissaire. Le pourquoi
est la question préalable qui définit le contexte. Le comment est le sens même
de l’activité curatoriale qui implique des choix quant au mode d’échange à
définir avec l’artiste, quant à la sélection des œuvres ou de l’approche du
travail, quant à la mise en espace de ces choix afin de les rendre lisibles aux
visiteurs/spectateurs.
Cette exposition tente de rendre compte de la résidence de
commissariat de Jean-Marc Avrilla à Meetfactory, d’une durée de deux mois. Cette
résidence a été pensée comme un travail exploratoire qui précède tout choix dans
la définition d’un ou plusieurs projets d’exposition. Cette exposition tente de
faire apparaître comment il a organisé cette recherche sur la scène artistique
tchèque afin de pouvoir définir des projets et engager des choix. L’exposition par
elle-même est paradoxale car au lieu de parler de ce qu’elle montre, elle tend
à souligner les raisons qui amènent les objets, livres, photographies, etc. à
se retrouver réunis dans leur différence et leur hétérogénéité.
C’est un début ! présente donc un travail de terrain et
les « méthodes » utilisées pour faire émerger des idées et des
projets d’exposition. Par un aspect, ce travail relève d’une méthodologie
ethnographique : écoute, recueil de témoignages, partage de moments
singuliers (rituels de vernissage, visite d’ateliers…), observation des œuvres
et de leur contexte. Par un autre aspect, il apparaît comme une
non-méthodologie basée sur l’échange avec l’artiste, laquelle est indispensable
pour entrer dans son travail et
comprendre sa pratique. De cette immersion plus ou moins profonde dépendra la
forme générale de l’exposition : solo, thématique, de groupe, terminologie
très vague qui masque en réalité une multitude de possibilités pour chaque cas
ainsi que de nombreuses combinaisons.
Le commissaire n’est pas un artiste mais le passeur qui
permet aux artistes de montrer leur travail au public dans un cadre qui lui
conserve sa complexité initiale. Il agit sur un territoire qui ne se réduit pas
à l’objet. Il doit rendre compte des processus mis en œuvre par les artistes,
de leurs relations particulières aux contextes où naît et se déploie leur
travail, décider de prendre en compte ou non l’Histoire, s’engager dans des
formes narratives ou, à l’opposé, laisser l’œuvre dans toute sa nudité
matérielle… Penser la manière de montrer un travail est pleinement une activité
critique plongée dans la réalité des œuvres.
Pour répondre à l’invitation de l’Institut Français,
Jean-Marc Avrilla n’a pas souhaité procéder à une sélection d’œuvres d’artistes
qu’il a rencontrés, considérant qu’un tel projet était prématuré. Il a opté
pour un projet qui témoigne du caractère singulier de son travail et de ses
rencontres, en définissant un protocole très simple permettant à chaque
artiste, curator ou critique de lui répondre. Chacun d’entre eux a été invité à
lui adresser un objet, une photographie, un dessin, une phrase ou un court
texte, comme résultant de leur entretien et comme point de départ pour un
éventuel projet.
À cet ensemble de documents ou œuvres dont le commissaire ne
maîtrise volontairement pas la sélection, s’ajoutent des titres d’ouvrages
littéraires, artistiques ou sur tout autre sujet, demandés aux mêmes personnes
comme conseil de lecture. Une telle requête apparaît souvent lors du travail
entre le commissaire et les artistes, dans l’objectif de mieux cerner l’œuvre
elle-même ou une question essentielle pour l’artiste. Mais elle permet aussi
d’approcher avec plus de finesse la pensée des curators et des critiques.
Enfin, un ensemble de documents, catalogues d’exposition et
imprimés de toute sorte recueillis par le commissaire pendant ces deux mois, est
aussi présenté. De tels documents sont importants pour conserver la mémoire
d’événements dont certains ne bénéficient pas de publication, et constituent la
base même de la recherche curatoriale en devenant son archive.
Documents de travail rassemblés par le commissaire,
documents et œuvres envoyés par les artistes, les curators et les critiques
rencontrés, livres traitant de questions spécifiques, de littérature ou d’art,
forment ainsi trois ensembles correspondant à trois approches développées parallèlement
dans le cadre de cette exploration de la scène tchèque. C’est un début ! est
ainsi le matériau brut de ce qui devrait arriver par la suite. Les expositions
qui en sortiront ne seront réalisées qu’après une étape de filtrage, de
décantation de toutes les informations emmagasinées lors de ce séjour pragois.
Ce que cette exposition tente finalement de montrer à
travers cette mise à plat peu ordinaire de l’activité curatoriale, est la
nécessité du temps : le temps qui permet au commissaire d’écouter les
artistes, de converser avec eux, d’entrer dans leur travail, le temps qui
permet d’explorer la scène dans son fonctionnement, dans sa structure, comme le
temps qui doit permettre aux sujets d’émerger par la suite. La qualité du
travail de commissariat doit répondre à la qualité du travail de l’artiste. Le
travail de l’un et la recherche de l’autre apparaissent plus que jamais
complémentaires.
Artistes et personnalités exposés : Matej Al-Ali,
Bajota, Zbynek Baladran, Viktor Cech, Radovan Cerevka, Andras Csevalfay, Tomas
Dzadon, Grzegorz Drozd, Jarmila Mitrikova & David Demjanovic, Vit Havranec,
Radim Langer, Michal Moravcik, Tomas Moravec, Oldrich Morys, Jiri Skala, Jan
Pfeiffer, Matej Smetana, Jiri Thyn, Tamas Szvet, Adam Vackar, Pavel Vancat,
Tomas Vanek, Jaro Varga, Dusan Zahoransky.
samedi 13 octobre 2012
Julius Koller, Grzegorz Drozd, Tomas Vanek
![]() |
| Grzgorz Drozd, Marikaban, 2012. |
(I'm sorry for English language people, but translation needs time. It's coming as soon as possible)
Pas de nouvelle depuis le 15 septembre et pourtant beaucoup
d’événements. Les rencontres avec les artistes, les curators et les critiques
se poursuivent à un rythme soutenu, me laissant peu de temps pour l’écriture,
encore moins pour la traduction. D’autres posts me permettront de revenir sur
certaines des personnalités rencontrées à Prague et à Bratislava.
Plusieurs expositions ont retenu mon attention. Tout d’abord
la présentation d’une partie des archives de l’artiste slovaque Julius Koller (1939-2007)
à Tranzit Prague, réalisée par l’historien de l’art et curator Tomas Pospiszyl.
La moitié des archives de l’artiste est conservée à la Galerie Nationale de
Brastislava, l’autre moitié par une association d’amis de l’artiste. Cette
dernière est présentée à Prague selon un principe simple de boîtes conservant
les ensembles que l’artiste avait constitués. Histoire de l’art, Archéologie,
Histoire de la Science-Fiction, Illustration d’enfants, etc., posées sur des
étagères entourant une table de consultation. Le commissaire de l’exposition ou
son assistant manipule un ensemble très hétérogène de documents jaunis.
L’intérêt est que ces documents conservent toute leur ambiguïté quant à leur
statut de document de travail ou d’œuvre. Nul ne peut s’avancer sans trahir
l’œuvre même de cet artiste, et on sent avec ces documents combien il a tenté
de penser l’art au cœur de la vie et non dans un espace adjacent. Ce qui me
paraît le plus remarquable, est précisément cette manière de se porter vers des
sujets qui n’ont rien de politique, et que, par cette attitude, il redonnait
force et puissance à ces sujets. Cela apparaît comme une forme de fausse
naïveté qui ré-enchante le monde. Et quand on se souvient du contexte, on se
rend compte de la force de subversion qu’il a fallu à cet homme pour surmonter
le système politique en place qui régissait tout jusqu’à l’art. (http://cz.tranzit.org/en/exhibition/0/2012-09-11/jlius-koler-archive-study-room)
Une autre exposition, elle aussi modeste par son ampleur
mais très percutante par sa mise en œuvre et son propos, est celle de Grzegorz
Drozd à ETC Galerie, lieu à vocation non commerciale. Grzegorz Drozd revient de
plusieurs mois aux Philippines et plus particulièrement du village de
Marikaban. Loin de l’art occidental, il a cherché une nouvelle approche qui lui
permette de continuer son travail critique de l’institution, au double sens de
l’institution comme structure de présentation et comme système de production. Il
revient avec un certain nombre d’objets produits en collaboration avec le
shaman du village, et qui ont un pouvoir magique. Tout l’intérêt de cette
« exposition » est de créer un véritable hiatus entre l’œuvre d’art
fétiche telle qu’elle fonctionne dans notre société occidentale et l’objet au
pouvoir magique (les Aswangs) tel qu’il est vécu dans cette tribu des
Philippines. Un œuvre d’art peut-elle posséder ces deux caractères ?
Doit-on réintroduire de la magie dans l’art pour se déposséder du
fétichisme ? Au delà de ces questions que certains trouveront
folkloriques, il s’agit bien d’interroger ce que nous produisons comme art et
ce que nous souhaitons faire de cet art. Des questions qui me paraissent
fondamentales : que voulons-nous faire ? (http://etcgalerie.cz/grzegorz-drozd-1409-7102012/637/)
Le troisième projet dont je souhaitais rendre compte est une
intervention et une exposition de Tomas Vanek. L’une et l’autre n’ont pas de
rapport si ce n’est l’artiste et la manière dont il se glisse dans la réalité
d’espaces précis. L’intervention a lieu au rez-de-chaussée d’un immeuble
couvert de graffiti. Son jumeau d’à côté a, lui, été nettoyé par les services
de la ville. Une association a pris les choses en main, rénové le hall et l’a
transformé en une galerie d’art dont l’objectif n’est pas seulement de montrer
des œuvres mais œuvrer à la promotion des relations de bon voisinage. Loin
d’être une utilisation purement sociale de l’art – mais doit-on s’excuser de
considérer que l’art possède réellement une valeur sociale ? –
l’intervention de Tomas Vanek a consisté à peindre l’extérieur du
rez-de-chaussée à la bombe et au pochoir, répétant un motif de carrelage
rectangulaire noir des plus basiques. Ainsi les graffiti ne disparaissent pas
totalement mais sont atténués par leurs propres armes et par un geste pictural
des plus simples et des plus modernes. L’utilisation de la bombe comme du
pochoir est un acte fondamental de la pratique de l’artiste, une manière pour
lui de continuer la peinture en lui retirant tous les oripeaux des académismes
successifs, pour aller à l’essentiel, couleur et espace. Car l’exposition
présentée à Futura-Karlin Studios propose une série de cahiers de dessin utilisés dans toutes les écoles, où
Tomas Vanek à peint, selon le même principe, des motifs qui se déploient tout
au long des pages. Flèches, motif de planches, punaises, illusion de classeur…
toujours un motif unique qui déroule sa forme et surtout le détournement de son
utilisation tout au long de l’espace même du cahier. Présentés dans un espace consacré
au seul dessin (son nom est Karton) créé par des étudiants de l’Académie des
Beaux-Arts où T. Vanek est professeur, ces cahiers sont comme des exercices mais
avec un impact visuel aussi fort que ses « Particips », installations
qui jouent sur le contexte même de l’exposition en considérant l’art à partir
des petites choses de la vie.(http://www.particip.tv/)
Libellés :
art contemporain,
art polonais,
art slovaque,
art tchèque,
Futura Karlin Studios,
Grzegorz Drozd,
installation,
Julius Koller,
Karton,
Prague,
TEC Galerie,
Tomas Vanek,
Tranzit
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