mercredi 16 mars 2011

Nikolai von Rosen au Dojo, Nice






Nikolai von Rosen and the archive of Rosen/Wojnar
Du 16 février au 2 avril 2011
Curator : Jean-Marc Avrilla

(English below)

Nikolai von Rosen and the archive of Rosen/Wojnar présentent une installation liant visualisation de l’information et hiérarchisation de l’espace en s’appuyant sur la différence de traitement entre art et communication. L’artiste a imaginé de dissocier l’espace du Dojo en deux parties d’une même scène de théâtre. L’entrée réservée à la véritable scène, là même où le public entre, accueille des personnages, figures de sacs de ciment et leurs portraits. La seconde partie, comme des décors en coulisses, est constituée de structures de bois portant de grandes toiles rouges. Cette mise en scène du lieu et des œuvres est un jeu sur la hiérarchisation symbolique de l’espace et la manière dont l’information est créatrice de formes.

Ces toiles rouges sont d’anciennes peintures du duo d’artistes Rosen/Wojnar dont l’artiste a été l’un deux acteurs jusqu’en 2010. Nikolai von Rosen continuant le travail engagé par le duo, les a recouvertes d’une couche de peinture rouge qui masque et protège leur mémoire. Ces peintures anciennes se référaient à la complexe communication des groupes industriels où se mêlent le langage marketing, le langage analytique des graphiques et des statistiques, comme les détails hautement symboliques d’une typographie ou d’une couleur.

Nikolai von Rosen est un artiste allemand né en 1967. Il vit et travaille à Berlin et enseigne l’architecture et l’art à l’Eidgenössische Technische Hochschule (ETH) de Zürich. Lors de ses études d’Histoire de l’art à l’Université de Bamberg il rencontre Florian Wojnar avec qui il fonde un duo artistique en 1997. Appelé Future7 jusqu’en 2009, le duo devient ensuite Rosen/Wojnar jusqu’en 2010, date à laquelle ils se séparent. En référence à cette collaboration sur laquelle s’appuie le projet du Dojo, son appellation est ainsi formulée : Nikolai von Rosen and the archive of Rosen/Wojnar.

Parmi les nombreuses expositions auxquelles il a participé, Nikolai von Rosen a exposé dans le cadre de sa collaboration à Rosen/Wojnar en 2010 au Kunsthaus Schloß Wendlinghausen, Dörentrup, Berlin, et au Living Art Museum, Reykjavik ; en 2007 à l’Espace de l’Art Concret – Donation Albers-Honegger ; en 2004 au Zentrum für zeitgenössische Kultur ZSK, Ekaterinburg. Le duo a également été lauréat en 2008 du Stiftung Kunstfonds de Bonn et du Senat de Berlin.


English

Nikolai von Rosen and the archives of Rosen / Wojnar presents an installation linking visualization of the information and the hierarchical organization of the space by leaning on the difference of treatment between art and communication. The artist imagined to separate the space of the Dojo in two parts of the same theater stage. The entrance reserved for the real stage, there even where the public enters, welcomes characters, figures of bags of cement and their portraits. The second part, as sets in wings, is constituted by wooden structures carrying big red paintings. This installation of the place and the works is a set on the symbolic hierarchical organization of the space and the way the information is creative of forms.

These red canvas are the former paintings of the duet of artists Rosen/Wojnar whose artist was one of the two actors until 2010. Nikolai von Rosen continuing the work engaged by the duet, covered them with a red coat of paint which masks and protects their memory. These former paintings referred to the complex communication of the industrial groups where get involved the marketing language, the analytical language of graphs and statistics, as highly symbolic details of a typography or a color.

Nikolai von Rosen is a German artist born in 1967. He lives and works in Berlin and teaches the architecture and the art at Eidgenössische Technische Hochschule ( ETH) of Zürich. During his studies of Art history at the University of Bamberg he met Florian Wojnar with whom he formed an artistic duet in 1997. Their first name was Future7 until 2009, the duet became then Rosen / Wojnar until 2010, when they split. In reference to this collaboration on which leans the project of the Dojo, his artistic name is so formulated: Nikolai von Rosen and the archives of Rosen / Wojnar.

Among the many exhibitions in which he participated, Nikolai von Rosen exposed in the part of his collaboration to Rosen / Wojnar in 2010 in Kunsthaus Schlo ß Wendlinghausen, Dörentrup, Berlin, and in the Living room Art Museum, Reykjavik; in 2007 in the Espace de l’Art Concret - Donation Albers-Honegger; in 2004 in Zentrum für zeitgenössische Kultur ZSK, Ekaterinburg. The duet was also a prize-winner in 2008 of Stiftung Kunstfonds of Bonn and the Senat of Berlin.

mercredi 2 mars 2011

GLISSEMENT au DOJO, Nice




GLISSEMENT

Un programme pour le Dojo, Nice – 2011-2012 (english below)

Depuis le mois de juillet 2010, je n’ai rien publié sur ce bolg, me consacrant à un travail d’écriture et à la mise en place de plusieurs projets d’expositions. Parmi ces projets GLISSEMENT tient une place particulière comme programme total où non seulement l’exposition est questionnée mais aussi le lieu même de présentation et de légitimation. Ce programme s’est ouvert le 16 février dernier avec une première intervention de l’artiste Nikolai von Rosen.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le Dojo :
« Depuis 2002, Le Dojo a décidé de s’intéresser aux rapports qu’entretiennent le monde de l’art et celui de l’entreprise. Cette démarche est née de l’opportunité offerte à l’agence de communication Outremer d’investir un lieu remarquable de 800 m2 sur le port de Nice. Cette expérimentation repose depuis l’origine sur un même protocole, celui de la carte blanche offerte à un artiste, et un engagement total de l’entreprise, ses structures, ses collaborateurs à être « reconfigurés » par le projet artistique. Ces expériences in vivo ont produit un grand nombre d’interventions de la part d’artistes français et étrangers,
reconnus ou émergents, et permis ainsi au Dojo de remplir son ambition d’être, au-delà de son contexte spécifique in situ, un soutien actif à la création contemporaine.
Parallèlement à la multiplicité des formes prises par les interventions artistiques au fil des années – installations, dispositifs photo, vidéo ou sonores, performances, festivals – l’expérimentation s’est toujours déroulée sur un mode empirique et itératif. »

Le Dojo m’a donc invité à imaginer un projet. Ma réponse est un programme sur deux années interrogeant l’expérience même du lieu comme lieu d’entreprise, de production dans le domaine de la communication, lieu d’intervention d’art, lieu de travail, mode de travail des artistes, exposition collective et exposition monographique… Je vous donne en suivant une synthèse de mon projet.

Le projet GLISSEMENT est une exposition collective articulant dans le temps cinq étapes, correspondant à des configurations propres aux pratiques des artistes invités ainsi qu’à leur mode de collaboration : projet solo, projet de duo, projet de groupe.

GLISSEMENT définit deux objectifs : 1- un travail collectif basé sur des rencontres régulières entre les artistes invités pour définir les règles collectives de fonctionnement et les adapter au fur et à mesure de l’avancé du projet ; 2 – une réflexion propre à chaque combinaison de chaque étape pour élaborer un projet répondant aux spécificités du lieu : type d’espace, conditions de travail, rapport entre espace de travail et espace d’intervention artistique, types d’activités produites dans le lieu… Les artistes ont carte blanche pour imaginer leurs interventions dans cet espace mixte entreprise/lieu d’art.

Ces interventions impliquent un double mouvement : l’art entre dans un lieu de travail et ce lieu de travail devient un « lieu d’exposition ». Ce double mouvement n’est pas à proprement parler un déplacement qui suggérerait que le lieu de travail ne serait pas le lieu d’exposition ou vice et versa, l’un remplaçant l’autre, mais un GLISSEMENT qui, seul, permet de maintenir dans le même lieu ces deux activités. GLISSEMENT s’impose donc comme un programme pour penser la succession des projets en une dynamique qui implique un dialogue entre les artistes autour de cette idée de succession. La raison majeure d’une telle position est qu’au lieu de penser le temps du projet comme une chronologie linéaire d’unités closes prédéterminées, les interventions sont pensées comme un dialogue entre les artistes, intégrant la notion de temps comme une des données constitutives à travailler.

Les artistes et personnalités invités sont : Florian Pugnaire, David Raffini, Frédéric Maechler pour Mekanism, Nikolai von Rosen and the archive of Rosen/Wojnar, Adam Vackar, David Apheceix, Benjamin Lafore et Sébastien Martinez Barat du groupe La Ville Rayée, Tatiana Wolska.

English :
Glissement

A program for the Dojo, Nice - 2011-2012

Since July 2010, I published anything on this bolg, I engaged in a writing and organized several projects and exhibitions. Among these projects GLISSEMENT holds a special place as a global program where not only the exhibition is questioned but also the very place of presentation and legitimation. This program began on February 16 with a first intervention of the artist Nikolai von Rosen.

For those unfamiliar with the Dojo:
"Since 2002, Dojo has decided to focus on the relationship of the art world with business. This arose from the opportunity offered to Outremer communications agency a great place to invest than 800 m2 in the port of Nice. This experiment has been based originally on a single protocol, carte blanche offered to an artist, and a total commitment of the company, its structures, its employees to be "reconfigured" by the art project. These in vivo experiments have produced a large number of interventions on the part of French and foreign artists, established and emerging, and thus permit the Dojo to complete its ambition to be, beyond the specific context in situ, active support to contemporary creation.
Alongside the many forms taken by artistic interventions over the years - installations, photos, video or audio, performances, festivals - the experiment has always held an empirical and iterative way. "

The Dojo invited me to imagine a project. My answer is a program on two years questionning the very experience of place as a place of business, production in the field of communication, place for intervention of art, place of work, mode of working for artists, exhibition and monographic exhibition ...

The GLISSEMENT project is a group show in time articulating five stages, corresponding to configurations own practices guest artists and their mode of cooperation: project solo, duo project, group project.

GLISSEMENT defines two objectives: 1 - a collective work based on regular meetings between the artists invited to set the collective rules of operation and adjust as and when the project is coming on, 2 - a reflection for each combination of each step to develop a project corresponding of the specificity of the place : type of space, working conditions, relationship between work space and space for artistic intervention, types of activities occurred in the place ... Artists have carte blanche to devise their interventions in this location mixed business / art venue.

These interventions involve a double movement: the art into the workplace and the workplace becomes a "place of exhibition." This double movement is not strictly a movement that suggests that the workplace is not the place of exhibition or vice versa, one replacing another, but a slip (GLISSEMENT), which alone can maintain in the same place these two activities. GLISSEMENT is therefore a program to think the sequence of projects in a dynamic that involves a dialogue between artists around the idea of succession. The major reason for such a position is that instead of thinking about the time of the project as a linear sequence of units closed predetermined, interventions are conceived as a dialogue between artists, incorporating the concept of time as one of the constituent data working.

The artists and peoples invited are: Florian Pugnaire, David Raffini Frederick Maechler for Mekanism, Nikolai von Rosen of Rosen & the archive / Wojnar, Adam Vackar David Apheceix, Benjamin and Sebastian Martinez Lafore Barat from the group La Ville Rayée, Tatiana Wolska.

La photographie est une vue de la façade du Dojo avec l'exposition de Nikolai von Rosen. The photo is a view of the Dojo windows with the Nikolai von Rosen exhibition. DR.

vendredi 9 juillet 2010

Dernières parutions, dernières nouvelles







Pris par différentes commandes de textes et des préparations de projets à venir, j’ai un peu déserté mon blog et, lecteurs attentifs, vous voudrez bien me pardonner. Voici en tous cas quelques liens sur mes activités récentes.

Tout d’abord un texte consacré à l’artiste Leonor Antunes et à sa relecture des œuvres de Eileen Gray et de Eva Hesse, paru dans le magazine Tale(s). La question de l’interprétation est centrale et me paraît importante dans l’art contemporain de ces dix dernières années en raison d’un nouveau rapport à l’histoire des avant-gardes modernistes et à celle du tournant des années 1960-1970, des artistes fondateurs de l’art contemporain tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Je voudrais aussi signaler la sortie d’un ouvrage consacré au duo d’artistes Nathalie Brevet_Hughes Rochette dans lequel j’ai publié un texte d’analyse de leur œuvre que je suis depuis plusieurs années maintenant. Ce texte « Des Ronds dans l’eau » est accompagné d’un ensemble de photographies de leurs œuvres et suivi d’un entretien avec les artistes réalisé par Audrey Illouz. Ce livre est publié par la galerie JTM, avec le soutien du Cnap et de Point Éphémère, à l’occasion de leur exposition Partition, chez JTM jusqu’au 17 juillet.

http://www.tales-magazine.fr:80/styles-harmonys-lifes-visions/home

http://www.jtmgallery.com/

mardi 29 juin 2010

Prix ANDAM 2010

Le prix de l’Association Nationale pour le Développement des Arts de la Mode (ANDAM) 2010 a été décerné au créateur Hakaan résidant et défilant à Londres.

On se souvient de la rencontre en début d’année, entre le ministre Christian Estrosi et Anna Wintour, à la demande de cette dernière, pour demander que la France fasse un effort pour soutenir les créateurs installés sur son territoire.

On ne peut être que surpris du choix du jury de l'ANDAM, car en dépit des qualités du créateur lauréat qui mérite sans aucun doute son prix, il est bel est bien basé à Londres et il défile durant la prochaine fashion week à Londres et non à Paris!!! Je pense que l'on a vu de meilleurs arguments pour relancer l'industrie française de la mode, y compris sur le plan international!!! A quand un artiste français vivant à Paris, lauréat du Turner Prize?

mardi 23 mars 2010

Ma dernière contribution à Tale(s) Magazine




Des peintures monochromes noires ou blanches, une liste de 15 artistes plus Claude Rutault et un commissaire, Mathieu Copeland, qui n’a pas peur du langage. Une exposition au cneai, des œuvres disparues sous la peinture et finalement une œuvre retrouvée. Tous les ingrédients du polar d’art sont réunis pour mon article intitulé Affaire de la disparition des « quinze peintures », l’œuvre retrouvée, dans la dernière livraison de Tale(s) Magazine consacrée au polar comme vous vous en doutiez… à consulter à l’adresse suivante http://www.tales-magazine.fr/ .

Tale(s) Magazine sort quatre fois par an, à chaque changement de saison… c’est le printemps.

My last contribution to Tale(s) Magazine next in english at www.tales-magazine.fr/ .

mardi 9 mars 2010

Quelques nouvelles / Some news (below)




J’étais absent de mon blog quelques semaines pour la préparation et l’organisation de différents projets d’exposition. Je suis notamment invité par Eric Mangion à la Villa Arson en début d’année 2011 à présenter une exposition de l’œuvre de Georges Tony Stoll. Vous pourrez découvrir dans quelques semaines un article que je lui consacre et qui est une première étape après plus d’un an de discussions et d’échanges sur son travail et dont l’exposition dans un an en sera le résultat. Je vous parlerai également d’autres projets quand ceux-ci seront plus avancés.

Ces derniers temps furent aussi fructueux sur le plan de l’écriture, même si ce blog n’en est pas toujours le reflet. D’ores et déjà, je vous invite à lire un article que j’ai consacré à l’artiste américain Michael Patterson-Carver pour le nouveau (et très beau) magazine Tale(s), accessible principalement sur le web à chaque nouvelle saison et en papier, pour les meilleurs morceaux, une fois par an.

Vous pouvez donc aller tout de suite à la rubrique Visions pour trouver « Le Grand Barnum Bush débarque en Europe » : http://www.tales-magazine.fr/


I was absent from my blog a few weeks for the preparation and organization of various exhibition projects. I am invited by Eric Mangion at the Villa Arson in Nice in early 2011 to show an exhibition of the work of Georges Tony Stoll. You could discover in a few weeks an article which is a first step after more than one year of discussions and exchanges on his work and whose exhibition in one year will result. I’ll also talk about other projects when they become more advanced.

These days were also successful in terms of writing, even if this blog is not always reflected. Already, I invite you to read an article that I dedicated to the American artist Michael Patterson-Carver for the new (and beautiful) magazine Tale (s), found primarily on the Web with each new season and paper for the best bits, once a year.

You can go straight to the Visions section to find "The Big Bush Circus lands in Europe" : http://www.tales-magazine.fr/

samedi 16 janvier 2010

Visite de l’atelier d’Eric Stephany









Le lien à l’architecture est au cœur du travail d’Eric Stephany. Tout d’abord par sa double formation et par sa double activité d’architecte et d’artiste ; ensuite parce que le corps, son corps d’artiste, est le repère central de son travail. Si ses sources sont l’art minimal, l’art conceptuel et l’architecture moderniste d’après guerre, il ne parle pas de citation, ni d’appropriation, mais d’extraction. Ainsi en 1999, il fait creuser sur un trottoir New Yorkais un trou correspondant à son corps, « Silence is sexy, isn’t it ? » comme un négatif de « Standing in a Box » de Robert Morris. Il s’attache à des éléments ou des parties d’œuvres historiques qui posent la question de l’archétype architectural. Il ne les duplique pas mais les investit par son histoire personnelle ou par une action subjective lui permettant d’inverser la proposition d’origine. Lui même parle volontiers de répliques au sens théâtral, c’est à dire de réponses personnelles à un certain nombre d’œuvres historiques – incluant donc a fortiori une part de fiction.

Ainsi reprend-il la question du seuil chez Bruce Nauman (Reprise de la pièce « Accoustic Pressure Piece », 1971) dans « I don’t know where I am going but I do know that I am walking », en passant d’un matériau phonétiquement isolant à la réverbération des plaques d’aluminium amplifiée par un système acoustique. Le corps intervient ici par les traces qu’il a laissées contre une des plaques, comme un corps à corps avec le matériau ; l’autre plaque, devenant miroir des empreintes de la première, crée un trouble qui accentue celui que le visiteur perçoit en tournant autour de ces plaques ou en passant entre elles, déclenchant alors un son amplifié. Ainsi que l’écrit Manuel Cirauqui : « Ce seuil matérialise le lieu du trouble de la représentation que nous nous faisons du présent. »(1)

Un deuxième exemple apparaît avec une reprise d’une œuvre de Dan Graham, « Alteration to the suburban House », 1978-1992. L’œuvre originale est une maquette d’un modèle pavillonnaire totalement transparent en façade, dont le fond est couvert d’un miroir reflétant l’environnement et en particulier les façades des deux autres modèles de pavillons lui faisant face. De ce morceau de banlieue, Eric Stephany ne retient que les murs du premier pavillon et remplace l’effet miroir par un doublement de la structure. Dans cette pièce « I would rather not go back to the old house », 2008, l’échelle ½ donne aux murs d’une hauteur de 160 cm l’aspect de cimaises sur lesquelles flotteraient les têtes ; l’objet qui en résulte reste une maquette sans toit aux parois de bois aggloméré. La transparence de la structure est toujours là, mais des murs blancs, le pavillon est passé au noir ; la partie miroir, le doublement de cette structure pavillonnaire est, elle, totalement brulée. La transparence s’est en quelque sorte opacifiée d’un côté, pour laisser place à une ruine noircie de l’autre. Là encore, l’inversion du modèle historique est en jeu, mais pour en révéler un échec.

Un troisième et dernier exemple est offert par un projet non encore réalisé, « Bring the Noise » partant de l’installation « Seedbed » de Vito Acconci où ce dernier se masturbait sous un plan incliné sur lequel marchaient les visiteurs. Chez Eric Stephany, le corps actif de l’artiste est remplacé par les restes de son atelier, offrant ainsi aux visiteurs les composants réifiés du geste « onaniste » de l’artiste dans son atelier. Là aussi l’architecture se transforme en un objet sculptural, la rampe qui se calait à l’origine sur l’espace se retrouve agrandie et isolée comme une sculpture délivrant par dessous la matière de son élaboration.

Dans ces trois cas, on note clairement l’inversion de la référence historique, comme un retournement de situation, dans une opération concomitante d’ajustement au corps de l’artiste, comme l’affirmation d’une impossibilité à désincarner l’art. Son choix référentiel se porte vers trois artistes qui ont toujours affirmé la place du corps de l’artiste et lui ont donné une place centrale comme véhicule de l’art. Mais chez Eric Stephany, la difficulté tient dans son rapport à l’original, dans cette notion d’extraction. Il lui donne le pouvoir d’incarnation de la fiction : comment dépasser la réplique si ce n’est en réincarnant ce corps véhicule : il laisse ses empreintes, il est l’échelle de la maquette, il est l’absence des restes de l’atelier.



Se pose alors la question de la fiction et de l’auteur, si chère à la période postmoderne. La citation, pour reprendre ce que l’artiste nomme extraction, est une manière de se cacher comme auteur tout en élaborant un procédé fictionnel de ré-écriture. Le corps, dans ses différentes références, empreintes, échelle et absence, crée la fiction par ce que l’on pourrait appeler un procédé indiciel. Le retournement ou l’inversion des références historiques jouent d’un effet miroir et procèdent aussi d’une volonté fictionnelle. Enfin, l’une des dernières caractéristiques de cette série de répliques ainsi que de nombre de ses œuvres, se singularise par les titres issus de la musique dite populaire (en opposition à savante) : Bruce Naumann est associé à Rufus Wainwright, Dan Graham à The Smiths et Vito Acconci à Public Ennemy. Pour lui, il s’agit « d’appuyer le caractère iconoclaste, irrévérencieux de la réplique ; une façon de mêler des catégories souvent opposées : sacré et profane, haute et basse culture, des catégories encore figées par l’esthétique postmoderne, et auxquelles nous ne pouvons plus nous référer. »(2) Ces titres sont une manière de mêler des références d’origines diverses et d’ajouter, par leur formule même, une forme de narration où il est facile d’associer le « I » au corps de l’artiste ; celui-ci se révélant dans l’anonymat d’une citation renversée.

Mais alors, lorsque je parle d’échec, de quel échec s’agit-il ? Sans doute clairement de l’échec du corps individuel à sortir du corps social, de l’échec de ce corps psychanalytique, du corps symbolique, du corps dans ses multiples dimensions, à s’affirmer au sein du corps social exprimé par la sculpture (l’empreinte), l’architecture (l’échelle) et le statut d’artiste (l’absence). J’y vois également, sans nécessairement parler d’échec, de la difficulté rencontrée dans la transmission d’œuvres où ce véhicule de l’art qu’est le corps, joue un rôle central : comment de telles œuvres arrivent-elles à être transmises et dans quelles conditions ? Car on voit très bien qu’avant même la disparition du corps de l’artiste, avec des œuvres qui ont aujourd’hui plus de trente ans, se profile une esthétique de la relique. Le corps est à mi-chemin entre le document d’information et la relique. Toute la question de telles œuvres impliquant le corps, est celle de leur réinterprétation (physique au sens anglais d’un reenacment) par une autre personne que leur auteur.

Eric Stephany est d’une génération héritière de cette question : que reste-t-il de ces formes après la disparition du corps de l’artiste, quel sens donné à ces documents retraçant ce véhicule physique de l’art qu’est le corps ? Mais c’est donc aussi, l’affirmation d’une généalogie, d’une source de pensée qui permet de poser aujourd’hui, à nouveau, cette question du corps, comme entité psychique et physique irréductible à la réification comptable et marchande du monde ; de poser une problématique de société où le corps trouve pleinement son rôle politique.

Au delà de ces figures tutélaires, sa relation à l’histoire – car cette relation d’héritage est bien une relation à l’histoire et à la mémoire de l’art contemporain - passe également par l’archivage, le prélèvement de l’existant, sous une forme d’accumulation de données variées. Celles–ci semblent contrebalancées par des découpages liés à l’architecture. Il a ainsi évidé un ouvrage entier sur le Corbusier pour ne laisser que des fantômes, « Cut Up #1, Le Corbusier ». Ce rapport à l’architecture moderniste et à celle qui le suit (sans être nécessairement postmoderne) va bien au delà d’un formalisme de bon ton. En réalité, il fait surgir de ces processus de travail et de la mise en espace, des relations structurelles où la question du genre, la question de la sexualité, la question des modes relationnels patriarcales, la question de l’investissement du corps d’une manière plus générale, est mise à jour, par une relecture emprunte des Cultural and Genders Studies, permettant d’envisager la modernité sous un angle non formaliste et non utilitariste, et d’une certaine manière de montrer les failles de cette utopie à embrasser la complexité de l’homme comme animal social. D’une autre manière, cette référence au Cultural and Genders Studies, n’est pas qu’un moyen de faire émerger l’identité et l’intime, mais aussi de réinscrire la question du corps après la disparition de l’artiste. (3)

Je citerai deux exemples : le « There is not better secret than the one hidden by transparency » dont la découpe en éventail reprend le plan de la Maison Farnsworth de Mies Van der Rohe et l’installation « The threat of the Next #2 (Claude Parent)» qui d’une certaine manière lui répond. Dans le premier cas, le plan en éventail sert à masquer une photographie suggestive de l’artiste publiée dans la revue Kaiserin, et dans le second cas, le placard avec en fond un collage sur la photographie de Claude Parent, bloque l’entrée du Pavillon Avicenne que ce dernier a construit à la Cité internationale à Paris.

La lecture de l’œuvre de l’architecte allemand est ici directement inspirée par la philosophe espagnole Beatriz Preciado qui renvoie la maison de verre à la problématique de la transparence moderne : le seul espace où Mme Fansworth pouvait se réfugier était l’îlot central, une forme de placard d’où jaillissait sa tête. C’est dans une action de défense de son intimité et de sa vie intime que Beatriz Preciado analyse la campagne menée par la commanditaire contre l’architecte, construisant en quelque sorte un mur médiatique derrière lequel cacher ses lourds secrets.

Le second placard n’est pas du même ordre, puisqu’il joue avec le sens même de cet extraordinaire bâtiment opaque qu’est la Fondation Avicenne. Le placard est ici un cadre gigantesque encadrant un petit collage de papier grand comme une feuille A4. Il bloque en diagonal, fonction oblique oblige peut-être, l’entrée du bâtiment, satellite ajouté mais dont l’architecte français n’est pas l’auteur. Mais Eric Stephany n’a pas le caractère à rendre hommage même si il apprécie particulièrement l’utopie de son aîné. Un autre sens fait jour, me semble-t-il, où les étagères Billy forment obstacle pour peut-être signifier encore une fois un échec. Elles font obstacle à l’entrée, et se présentent vides de dos. Elles sont comme l’échec patent de nos corps à entrer dans ce bâtiment, l’échec patent de cette modernité à intégrer le corps dans toutes ses dimensions, quand bien même, un architecte comme Claude Parent y a été singulièrement attentif. Elles sont aussi comme une bibliothèque en attente, ou vidée de son sens, celui du savoir, pour ne rester qu’un obstacle.

Dans ces deux exemples aussi, il s’agit de résistance à la société par le corps dans ses multiples dimensions. Il s’agit de son effacement ou plus exactement d’une tentative de couvrement d’un corps intime, au sens d’une révélation intime de la personnalité, par un système modulaire moderniste ou issu de la modernité. Le corps comme dernier obstacle à l’uniformisation qu’elle soit moderne ou contemporaine, comme obstacle absolu à la réification marchande du monde.



Il est intéressant de parler enfin de l’atelier de l’artiste. A l’occasion de mes visites, trois au total, il est apparu sous des formes très différentes en plus d’être l’appartement de l’artiste. Il a été bureau encombré d’étagères où étaient stockées œuvres, carnets, croquis, maquettes, échantillonnages divers ; il fut ensuite lieu d’exposition pour 117 artistes dans le cadre du projet « 1 69 A 2 » ; il redevint ensuite un bureau atelier où les dossiers de projets en cours étaient rangés au sol. Dossiers, documents, matériaux sont là dans ce bureau à la fois prêts à être classé comme dans n’importe quel bureau, à la fois matière même de ses projets, pouvant être intégrés aux œuvres, devenir même œuvre. Son bureau atelier lui-même, ce qui le constitue, le mobilier, les étagères, les cadres, les papiers sont des éléments constitutifs de ses installations/dispositifs.

Finalement Eric Stephany travaille comme un architecte, dans le sens où il expérimente ses œuvres dans l’espace de son atelier-bureau, comme l’architecte conçoit aujourd’hui dans l’espace numérique, pour ensuite en faire l’expérience dans l’espace réel, celui de l’exposition, comme celui de la ville, là même où le corps se confronte à la matière. Cet atelier bureau est le lieu de l’expérience intellectuelle, de la spéculation où il cherche à maintenir le corps dans cette histoire moderne et contemporaine pour en faire l’expérience réelle dans l’exposition comme dans la vie.



Notes :
1 : Extrait d’une note de Manuel Cirauqui sur le travail d’Eric Stephany communiquée par l’artiste.
2 : Echange d’e-mails avec l’artiste.
3 : Cette disparition, qui est aussi bien la mort que l’éloignement des restes des actions, pose la question de la « gestion » de ces reliques. Cette question a été admirablement bien traitée comme constat dans une exposition réalisée par Eric Mangion et Marie De Brugerolle à la Villa Arson en 2008, « Ne pas jouer avec des choses mortes », version négative d’un texte de Mike Kelley de 1993, qui fait référence au texte de Sigmund Freud Das Unheimliche, 1919, traduit en français par L’inquiétante étrangeté. On voit ici apparaître tout l’enjeu d’une combinaison des relations entre le corps, les objets qu’il est sensé animer, et l’intimité. Cela demanderait évidemment à être considérablement développé. L’exposition citée ne posait pas la question en ce sens, mais brossait l’hybridation de la performance « dissoute dans la création contemporaine » pour reprendre les termes d’Eric Mangion. C’est aussi la lecture que je fais de l’œuvre de Boris Achour qui porte le même titre « Jouer avec des choses mortes », 2003.

Photographies : droits réservés.

Pour plus d'informations sur l'artiste : http://eric-stephany.com/